L’appréciation d’un ouvrage est indéniablement subjective, individualisée selon d’obscurs critères, nommés arbitrairement ’goûts’. Néanmoins, quand il s'agît de forger un jugement, deux facteurs sont indépendants des préférences: la Maîtrise et la Créativité. Et dans la Ferronnerie d’Art, ces deux notions ont toujours été indispensables et indissociables. Cette vision, issue de la grande époque du métier, guide Joël Orgiazzi de la conception à la réalisation. S’appuyant sur le savoir-faire requis pour faire vivre un style classique qui a fait la renommée et l’identité de la France au cours des siècles, et l’imagination nécessaire pour élaborer de prestigieuses pièces contemporaines, il mène une quête idéologique: la renaissance et l’essor d'une grande ferronnerie passionnée.

C'est en 1972 que se situe la rencontre entre l'artisanat et Joël Orgiazzi, alors âgé de 15 ans. Face à la rigidité trop théorique des études, il préfère rejoindre l'atelier de ferronnerie-serrurerie de son père implanté à Lyon. Le travail des métaux lui paraît bien plus satisfaisant: La dextérité qu’il demande, l’acharnement perpétuel et la satisfaction de dominer l’immuable deviennent passion et dévotion. Indéniablement motivé, il enchaîne les diplômes et suit des cours du soir aux Beaux Arts pour parfaire sa culture artistique. A la retraite de son père, l'atelier prend son nom, et se recentre exclusivement sur la ferronnerie d'art. Puis, dans la démesure optimiste qui le caractérise, le talent de Joël explose. En 1986, il est sacré Meilleur Ouvrier de France, et, au fil de son parcours, se voit décerner des prix et des médailles qui témoignent un peu plus de son envergure artistique.

Ces diverses récompenses et les travaux effectués en France lui confèrent une réelle crédibilité. Celle-ci s'affirme, lui ouvrant les portes convoitées de l’international: Un contrat à Genève pose les fondations de la reconnaissance. La suite est en conséquence: Gstaad, Kenya, New York, Londres, Shanghai. Il réalise pour le Roi Faad, Lancel, l'hôtel Intercontinental de Genève, le Plazza Athénée. Pour l'hôtel Meurice, il recrée de monumentales portes en bronze. Pour le Palais du Bahreïn, il conçoit des grilles d'entrée de style XVIIIème sans faille. Face à un tel engouement pour ses créations, Joël développe encore l'atelier familial, enrichit ses connaissances, fait évoluer son équipe, avec cohérence pour servir le client sans ménagement et assurer la pérénnité de l'association Orgiazzi-qualité.

L'excellence est naturellement requise dans l'élaboration du style traditionnel de la ferronnerie d’art. De ce fait, Joël possède une technique éprouvée et indiscutable. De volutes, spirales en feuilles d’acanthe réhaussées d’or, l’artisan et son équipe se voient confier la création et la restauration de pièces monumentales, grilles, rampes et balustrades de plusieurs dizaines de mètres, agrémentées, à la manière des oeuvres de la grande époque, d’une finition hautement travaillée. Le musée du Louvre fait ainsi appel à lui pour de nombreuses restaurations, telle la grille XVIIème de de la Galerie Apollon. Parallèlement, il est capable de créations originales adaptées à une ambiance châtelaine démesurée ou, moderne, épurée, s’intégrant dans un intérieur plus modéré. Au travers de ses créations, il bâtit l'aboutissement de son rêve "relancer la ferronnerie, recréer la grande ferronnerie telle qu'elle existait, dans la perception, prestigieuse, et dans l'élaboration, équilibrée, strucurée, raffinée."

Cette passion qui anime Joël Orgiazzi se manifeste particulièrement au niveau du détail. Pas de concession, pas de simplification. Il n'y a pas d'échelle de valeurs concernant le soin apporté à un élément. Une volute d’un mètre et une petite incision sur le revers d’une feuille, ou un martelage sont travaillés sans se soucier de leur impact visuel immédiat. Du domaine de l’imperceptible, cette approche est la condition de son plaisir et de sa satisfaction. Parce que ce qui prime pour Joël Orgiazzi, c'est de toujours avoir une raison flagrante d'estimer son propre travail. Pour être certain que la reconnaissance n'est pas usurpée et qu'il mérite bien d'avoir réalisé ce rêve.

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